Après une matinée consacrée à la place du programme dans l’acte de bâtir et d’aménager, l’après-midi de Profession Programmiste a ouvert un temps de travail plus prospectif : qui sont les programmistes aujourd’hui, comment exercent-ils, et comment leur métier doit-il évoluer ?
Sortir d’un métier encore trop confidentiel
En introduction, Michel Rongiéras, président de Cinov SYPAA, a rappelé que la programmation, quarante ans après la loi MOP de 1985, reste encore trop souvent perçue comme un métier de niche. Pourtant, son rôle est devenu capital pour des projets très variés : équipements publics, habitat, logement, industrie, réhabilitation, urbanisme, aménagement ou transformation des territoires.
Il a posé un enjeu central pour la profession :
« Il est temps de sortir de cette marginalité : il faut être plus nombreux, plus forts, plus homogènes. »
La diversité des pratiques est une richesse, mais elle pose aussi une question de lisibilité. Architectes, urbanistes, géographes, sociologues, ingénieurs, aménageurs ou spécialistes de l’environnement peuvent intervenir dans des démarches programmatiques. Encore faut-il clarifier ce qu’est une mission de programmation bien menée, par quels professionnels, avec quelles compétences et à quel coût.
Une étude OPIIEC pour objectiver le métier
L’après-midi a ensuite été consacrée à l’étude engagée avec l’OPIIEC et l'OPCO Atlas sur l’acte programmatique et le métier de programmiste.
Stéphane Phan, directeur adjoint à la direction des politiques de branche à l'OPCO Atlas, a présenté le rôle de l’observatoire OPIIEC dans l’identification des mutations des métiers, des compétences et des besoins en formation.
Karine Lonchampt (cabinet Julhiet Sterwen) a précisé le double objectif de l’étude : dresser un état des lieux et mener une analyse prospective pour anticiper les besoins en métiers et en compétences. Elle a rappelé que la profession reste difficile à cerner, car beaucoup exercent des activités de programmation sans nécessairement se revendiquer comme programmistes.
L’enquête associée doit permettre de mieux cartographier les profils, les pratiques, les besoins en recrutement, les attentes en formation et les évolutions du métier.
Compétences, commande publique et “phase zéro”
Mireille Guignard, secrétaire générale adjointe de la MIQCP, a insisté sur la nécessité de mieux caractériser la commande avant même le lancement d’une opération. Elle a proposé l’idée d’une “phase zéro”, en amont de la programmation, pour mieux cerner la commande, l’existant et les potentialités invisibles d’un site.
Elle a également souligné le rôle des programmistes auprès de la maîtrise d’ouvrage :
« Votre rôle est crucial pour éveiller l’ambition et l’exemplarité de la commande publique. »
La réhabilitation, la participation du public, les sols vivants, l’eau, l’assistance à maîtrise d’usage ou encore le suivi des projets appellent une présence plus précoce et plus continue des compétences programmatiques.
Un métier au croisement des transformations
Les échanges de l’après-midi ont montré que le métier de programmiste se situe au croisement de nombreuses évolutions : transition écologique, transformation des usages, participation citoyenne, intelligence artificielle, maîtrise économique, réhabilitation, évolution des attentes des maîtres d’ouvrage et nouveaux champs d’intervention.
Mélanie Paye, programmiste qualifiée OPQTECC, a rappelé que l’équipement public n’est pas seulement un bâtiment :
« C’est un lieu de lien social et de vivre-ensemble. »
Elle a également alerté sur une tension croissante : le programme devient de plus en plus technique, sous l’effet des exigences de chiffrage, de réhabilitation et de précision attendues par les maîtres d’ouvrage et les financeurs. Cette évolution interroge l’équilibre entre expertise technique, écoute des usages, responsabilité sociétale et capacité à porter une vision collective.
Ateliers : contribuer à l’avenir de la profession
Les participants ont ensuite travaillé en sous-groupes pour alimenter l’étude OPIIEC et faire remonter leurs expériences de terrain. Ces ateliers ont permis d’identifier des risques, des opportunités et des actions autour des grands enjeux de la profession : attractivité, compétences, reconnaissance, nouvelles attentes des maîtres d’ouvrage, intelligence artificielle, évolutions réglementaires, enjeux territoriaux et environnementaux.
La présence d’étudiants et de jeunes professionnels a également montré l’intérêt croissant pour ce métier, encore trop peu connu mais appelé à jouer un rôle central dans les projets de demain.