La matinée de Profession Programmiste avait un objectif clair : montrer pourquoi tout projet de qualité commence par une programmation solide, partagée et utile à l’ensemble des acteurs.
Tout commence par une question bien posée
La première séquence, introduite par Adrien Petit, secrétaire général de la Mission interministérielle pour la qualité des constructions publiques (MIQCP), a permis de rappeler le cadre et la valeur de la démarche programmatique.
Pour la MIQCP, le programme constitue une référence commune pour le maître d’ouvrage, les usagers et les concepteurs. Il doit être à la fois précis et concis, et servir de repère tout au long du projet, de la conception jusqu’à la livraison et l’appropriation par les usagers.
Cette idée a été prolongée par Michel Rongiéras, président de Cinov SYPAA, qui a proposé une définition forte de la programmation :
« Définir les besoins d’usage, les critères de réussite, de qualité et de maîtrise du projet, et ce, avant même que quoi que ce soit ne soit conçu. »
Du besoin au programme : fixer le socle
Avec Dominique Ingold et Dorothée Lân Rabec, vice-présidents de Cinov SYPAA, la première table ronde a montré que la programmation ne se réduit pas au document final remis au maître d’ouvrage.
Le travail du programmiste consiste à écouter, analyser, hiérarchiser, distinguer les souhaits des besoins réels et objectiver les conditions du projet. Comme l’a rappelé Dorothée Lân Rabec, les études pré-opérationnelles permettent d’analyser le site, les usages, les contraintes, les scénarii possibles, les coûts, les calendriers et les conditions de réalisation.
Une programmation bien menée peut aussi conduire à ne pas engager un projet, lorsque les conditions ne sont pas réunies. Il ne s’agit pas d’un échec, mais d’un acte de responsabilité.
Du programme à la conception : garder le cap
La deuxième séquence, animée par Carole Pohu et Valérie Sainte Marie Gauthier, administratrices de Cinov SYPAA, a interrogé la relation entre programme et conception.
Le programme n’est ni une fin en soi, ni un document à oublier une fois l’équipe de maîtrise d’œuvre désignée. Il est un document vivant, qui permet de rappeler les arbitrages, de maintenir la cohérence globale et d’accompagner le dialogue entre maîtrise d’ouvrage, usagers et concepteurs.
Olivier Celnik, conseiller national du Conseil national de l’Ordre des architectes, a rappelé une distinction essentielle :
« Un bon programme ne doit pas dire comment concevoir mais quoi concevoir, et surtout pourquoi. »
Alexandre Sevenet, président de Cinov Ingénierie, a prolongé cette idée en insistant sur la nécessité de raisonner en coût global. Le bâtiment ne doit pas être pensé uniquement à travers le coût d’investissement, mais sur toute sa durée de vie : exploitation, maintenance, durabilité, performance et coût écologique.
Préserver l’intention initiale jusqu’au chantier
La troisième séquence, avec Matthieu Boucheron (Cinov SYPAA), Antoine Bertens (Cinov SYPAA) et Yann Le Corfec (Pôle Habitat, FFB), a rappelé que le chantier est le moment où se rencontrent les contraintes techniques, économiques, calendaires et opérationnelles.
Pour préserver l’intention initiale, il faut clarifier l’essentiel, encadrer ce qui peut évoluer et tracer les décisions prises. Le programme devient alors une boussole, capable de rappeler l’usage final, les arbitrages et les objectifs du maître d’ouvrage.
Comme l’a résumé Yann Le Corfec, Pôle Habitat (Fédération Française du Bâtiment) : « Le chantier, c’est le moment de vérité. »
Évaluer pour apprendre
La dernière table ronde de la matinée, consacrée à l’évaluation, a réuni Michel Rongiéras, Olivier Celnik, Alexandre Sevenet, Yann Le Corfec et Samuel Linzau.
L’évaluation ne doit pas être vécue comme une sanction, mais comme un outil d’apprentissage collectif. Elle permet de vérifier si la promesse initiale a été tenue, si les usages sont au rendez-vous, si les coûts et les performances sont maîtrisés, et si le projet répond réellement aux besoins du territoire et des usagers.
Pour Samuel Linzau, grand témoin de cette édition :
« L’évaluation n’est pas une fin mais le début d’une nouvelle programmation. »